Technique multi-axes

Le tournage multi-axes, présenté par Jean-François Escoulen

Le tournage sur bois est la façon la plus rapide et simple de transformer la matière.
Voilà pourquoi c’est un métier d’art passionnant : un objet peut prendre forme en une heure ou même moins selon son importance. Certes, cela demande une maîtrise, une habileté, une ingéniosité, bref un savoir faire acquit par de longues heures d’apprentissage. Celui-ci est difficile, et il n’est pas toujours agréable d’acquérir la maîtrise des mille et une techniques du tournage sur bois sans frustration.
Lorsque suffisamment de capacités techniques sont assimilées, alors vient le plaisir.

Parmi la palette des possibilités, nous avons le choix de recopier les formes du passé, de s’inspirer des formes existantes ou de créer son propre style. Mais il peut tout de même arriver de tomber en panne d’idées. C’est alors que tourner sur un seul axe peut quelquefois paraître restrictif.
Je vous propose une nouvelle génération d’objets créatifs à réaliser, quelques idées qui ne nécessitent pas d’outillage vraiment particulier : le tournage multi-axes.

Comme premier exercice, pour se faire la main, essayez le tournage entre-pointes d’une quille à 3 axes. Cet exercice peut paraître simple au départ, mais il demande déjà une certaine maîtrise de la gouge et une certaine compréhension dans les formes décentrées.
En effet, dès que l’on sort de l’axe de la pièce de bois, nous devons aborder une vision complètement différente du bois qui tourne.

Pour commencer, ne soyons pas trop gourmand
J’ai choisi un morceau sain et sans nœud en noyer (peu importe le bois choisi pourvu qu’il soit relativement dense) dans des proportions raisonnables.
Carrelet de longueur 160 X 35 X 35mm.

Tournage sur bois : gouge à profiler 13mmPour cet exercice, j’utilise uniquement une gouge à profiler de 13mm, affûtage environ 30°, avec une bonne dépouille à l’arrière. (photo 1)
Un entraîneur annulaire sera préférable à un entraîneur à 4 griffes (si vous raccrochez avec votre gouge, le bois s’arrêtera de tourner, mais l’entraîneur continuera, sans risque de casser l’angle de votre pièce de bois).

Tournage sur bois : contre-pointe tournante annulaireUne contre-pointe tournante annulaire sera préférable à une pointue (photo 2).
Je trace une diagonale sur chaque extrémité dans le même sens. Puis je trace le milieu de chaque diagonale ; ce sera l’axe n°2 (axe de la pièce de bois).
Avec un compas à pointe sèche, à 15 mm de part et d’autre du milieu, je marque les points qui deviendront les points 1 et 3 (photo 3).

Petite subtilité : le point n°1 sur une des diagonales deviendra le point n° 3 sur la diagonale opposée, et bien sûr le point  n°3 deviendra n°1 sur la diagonale opposée.

Le choix de la vitesse de rotation est délicat : si la celle-ci est trop lente, je vais accrocher le bois avec ma gouge. N’oublions pas qu’à l’attaque, je prends très peu de matière. Mais le morceau est bien équilibré : le décentrage étant le même à droite qu’à gauche, il n’y a pas de problèmes de vibrations. Bon, je choisis 1300t/mn.

Je commence
Axe n°1 à gauche, axe n° 1 à droite. Drôle d’allure que ce morceau de bois en travers par rapport à l’axe !
Apparemment, je suis prêt. N’oublions pas de faire tourner à la main pour voir si cela n’accroche pas le porte outil. On peut remarquer qu’un des angles à gauche et l’angle opposé à droite gênent considérablement le rapprochement du porte outil.

Je mets en route et observe mon morceau de bois (photo 4) j’aperçois différentes ombres ; au milieu, une intersection entre les lignes d’ombres gauche et droite (photo 5).
C’est sur cette intersection que je vais commencer ma première moulure (photo 6).

Attention de ne pas tourner la base de l’entaille trop fin (environ 20mm). Le ponçage étant un peu délicat, il faut absolument rechercher un travail à la gouge irréprochable.

Me voilà prêt pour le deuxième axe
Celui-ci est le plus facile puisque qu’il correspond à l’axe du morceau de bois, je peux donc rapprocher mon porte-outil, je ne suis pas gêné par les angles comme précédemment. Observons à nouveau ce qui se passe pendant la rotation : j’aperçois une petite entaille à droite de ma première moulure (photo 7). C’est dans cette intersection que je présente ma gouge afin de réaliser ma moulure, identique à la précédente (photo 8).

Passons à l’étape suivante : axe 3 (photo 9).
Une moulure en forme de V doit être tournée à droite de la précédente, puis cylindrée en laissant une partie carrée (photo 10).
Je dois retourner maintenant à l’axe n°1  afin de cylindrer complètement la partie encore sous forme de carrelet. Un petit porte outil me permettra de me rapprocher  du bois qui tourne. Après le cylindrage et le profilage d’une forme de quille le tour est joué… (photo 11).
Si je scie la partie carrée, on peut se demander comment cette petite quille a été tournée (photo 12).